RESIDENCE # 3 Thèreval synthèse des travaux

Thèreval, un territoire, des ressources et des hommes. juillet – novembre 2021 COMMENSALITE, bois toi qui as soif ! Du général au particulier, l’ancrage au territoire de Camille Orlandini et Fantin Dassonville autour de leur table. Dans le cadre de ses actions culturelles, l’association Bouillonnant Valthère a accueilli, en partenariat avec la commune de Thèreval,…


Thèreval, un territoire, des ressources et des hommes.
juillet – novembre 2021

COMMENSALITE, bois toi qui as soif ! Du général au particulier, l’ancrage au territoire de Camille Orlandini et Fantin Dassonville autour de leur table.

Dans le cadre de ses actions culturelles, l’association Bouillonnant Valthère a accueilli, en partenariat avec la commune de Thèreval, entre juillet et novembre 2021, deux artistes en résidence pour 7 semaines, afin de questionner les ressources de Thèreval qui marquent son identité.

Ce projet, expérimental et transversal, qui mêle art, culture et sociologie, a été lauréat de l’appel à projets 2020/2021 «Terri­toires ruraux, territoires de culture», porté par la DRAC Normandie. Deux artistes ont été retenues parmi les 114 candidatures reçues, Camille Orlandini, designer culinaire et Fantin Dassonville, céramiste et danseur.

Camille Orlandini et Fantin Dassonville sont allés sur plusieurs semaines, avec leurs bagages et pratiques artistiques, à la rencontre d’un territoire et de ses habitants. Deux approches sensibles et artistiques qu’ils ont ensuite croisé et partagé pour l’écriture d’un récit commun.

Comment parler de la Manche, de ce territoire et de la diversité des paysages qui font son identité à travers le beurre? Quel goût a-t-il alors et quelles histoires raconte t-il ?

En immersion à Thèreval, durant 4 semaines, Camille Orlandini porte un regard à la fois plastique, poétique et engagé, sur ses ressources et à partir des récits de ses habitants. Ces récits, souvenirs et anecdotes sont venus nourrir et alimenter le projet, ouvrir des pistes de dessins, de formes, de goûts, de textures aussi.

« Les Beurres de Thèreval » est un projet qui vient questionner le faire et le manger ensemble à Thèreval, en se basant sur la cueillette sauvage et l’élevage laitier. Des temps d’ateliers autour de la fabrication du beurre et de la valorisation du lait écrémé ont rythmé la résidence et ont participé à l’écriture d’histoires comestibles propres au lieu et à des moments partagés avec les habitants et les élèves de la commune. Un projet qui parle de lait, d’élevage et de paysages, du bocage au littoral et aborde l’évolution des modes de productions et leurs dysfonctionnements. Camille a souhaité valoriser le lait local, produit à Thèreval et le transformer en beurre, cette transformation n’existant plus sur la commune. Au delà des temps collectif de fabrication/transformation, des temps d’échange et de débat se sont invités lors des restitutions intermédiaires et présentations de la démarche de projet.


Trois beurres ont été imaginés puis fabriqués le beurre Naturele beurre du Bocage –aux noix et noisettes- et le beurre du Littoral –aux algues, laitue de mer et dulse, des beurres réalisés à partir du lait local, transformé par les habitants et agrémentés de leurs cueillettes. Afin de garder une trace de ses recherches Camille a mis en forme une édition regroupant des photos et des textes relatifs aux 3 beurres représentatifs de la diversité de nos paysages.


Qu’est-ce qu’un beurre de Thèreval ? Quel goût à le lait local, transformé en crème puis en beurre ? Comment parler du beurre et réunir les personnes, les habitants de Thèreval, autour de cet aliment et des problématiques qu’il soulève ? Comment écrire une histoire comestible commune à partir du lait local, transformé ensemble ? Un projet imaginé à l’échelle du territoire, propre au lieu, avec et pour ceux qui y vivent, qui nous amène à faire ensemble et à se réunir autour de la table.

Se réunir autour d’une table, prendre un café en terrasse, se retrouver au salon de thé, faire connaissance lors d’un pi­que-nique, goûter au jardin, dîner entre amis, déjeuner en famille, trinquer à l’occasion d’un vin d’honneur … , autant de circonstances dont nous avons été privés ses temps derniers. Force est de constater que nous n’aspirons qu’à renouer avec ces situations. Revenir à une forme de proximité avec nos proches, nos voisins, nos concitoyens tenus depuis trop longtemps à distance. L’épisode que nous traversons nous a permis de prendre conscience de l’importance de notre environnement direct. Nous avons apprécié de consommer local, de découvrir ou redécouvrir notre cadre de vie.

C’est de cet esprit d’ancrage dans le territoire, de partage et de convivialité que Fantin Dassonville envisage son travail de résidence, mené un an après la pandémie de COVID, en façonnant la terre locale pour renouer avec son territoire, son histoire et ses pratiques.

Fantin Dassonville remet le projet de résidence, avec sa thématique des ressources, dans un cadre plus large en lien avec un patrimoine local et une tradition potière présente en Normandie et sur la commune de La Chapelle Enjuger les siècles derniers. Il s’inspire du principe des poteries villageoises, faire collectivement et pour le bien commun en invitant les habitants des villages, mais également les enfants des écoles, à façonner la terre de Thèreval lors d’ateliers, pour réaliser des pièces de vaisselle qui seront mises en service lors d’un grand repas partagé qui viendra clôturer le projet. Les ateliers, proposés par Fantin, avec leurs dimensions collectives et participatives, en référence aux poteries villageoises et aux poteries de l’amitié, valorisent une ressource locale, la terre peu connue des habitants. Ils permettent aussi de s’initier à des techniques de céramique et par là même de renouer avec des traditions locales en empruntant des gestes ancestraux. Une résidence très fortement tournée sur la transmission, le partage et le faire ensemble, des valeurs chères à l’artiste.

COMMENSALITE, bois toi qui as soif commensalité : fait de partager la table de ou avec quelqu’un

Autour de la commune de Thereval on retrouve des noms qui témoignent du passé du territoire, la rue des potiers, la tasserie ou encore la mare aux poteries. Ces noms sont les dernières traces du lien que l’habitant de ce territoire avait avec son sol. Sol sur lequel il évoluait, il bâtissait son habitation, avec lequel il se nourrissait et travaillait pour créer des objets qui lui serviraient dans son quotidien. J’ai voulu replacer le lien de ces usages, de cette matière avec l’habitant, pour replacer l’importance de ce sur quoi l’on vit et avec qui l’on vit, pour partager un savoir-faire et une convivialité. Fantin Dassonville

Camille Orlandini et Fantin Dassonville sont arrivés à Thèreval en juillet 2021 pour débuter leur résidence de territoire, ils y resteront, 4 semaines non consécutives par artiste, pour clôturer leurs projets à l’automne. Durant la première semaine, commune aux 2 artistes, ils ont découvert ensemble le territoire, ses habitants, ses richesses, ils ont également appris à se connaître et ont échangé sur leurs parcours et leurs pratiques. Avec leurs deux disciplines artistiques complémentaires, le binôme semblait presque une évidence, Fantin travaillerait la terre pour réaliser des contenants, Camille s’intéresserait aux nourritures et aux contenus, et leurs productions se retrouveraient en fin de projet autour d’une table pour donner vie à un grand banquet. Cette 3ème résidence est venue poser publiquement la question des ressources de Thèreval et de leurs exploitations hier, de nos jours et à venir.

Fantin Dassonville s’est plongé dans les archives, à la recherche d’une tradition potière locale qu’il a fait revivre durant quelques mois, en proposant aux habitants de la commune de s’initier à la poterie. Il est allée à la rencontre de ceux qui avaient entendu parler de la rue des potiers, dont il ne reste que le nom. Il a rencontré les exploitants de la carrière de Terréal, carrière de terre où l’on extrait la matière, pour la transformer plus loin, dans la Calvados, en tuile. Il a partagé ses idées, son envie de refabriquer des poteries villageoises, il a transmis son savoir et sa passion aux gens de la commune en les invitant à façonner, sans prétention, des pièces de vaisselle.

Camille Orlandini a exploré les paysages de Thèreval pour comprendre le caractère du territoire, avec ses spécificités et ses ressources nourricières. Elle a arpenté les chemins, longé la rivière, observé les haies, parlé aux gens qui ont parlé à d’autres gens et finalement poussé la porte d’une exploitation agricole pour comprendre. Comprendre ce qu’on cultivait, ce qu’on élevait et pourquoi. Pour en faire quoi ? Elle est entrée dans la quotidien des agriculteurs et des éleveurs pour apprendre à les connaître et comprendre le système, articuler les paysages de Thèreval aux productions et valoriser un produit simple et de consommation courante, le lait. Elle s’est posé la question de la provenance. Boit-on à Thèreval le lait produit à Thèreval ou boit-on le lait d’ailleurs ? Qui s’intéresse au lait ? Comment parler du lait ? Comment relier le lait à ce territoire, avec sa physionomie, son histoire et ses traditions culinaires ? Comment transformer le lait en crème puis en beurre ? Qui sait le faire, qui l’a déjà fait et pourquoi ne le fait-on plus ?
Elle s’est lancée à la recherche d’une écrémeuse puis à l’aide d’un pot à confiture et de beaucoup d’énergie, elle a fabriqué son beurre. Camille a invité les petits et les grands à faire de même, à fabriquer leur beurre et observer la transformation des ingrédients. Ses recherches ont attiré l’attention sur un produit basique et soulevé une multitude de questions sur la proximité, les circuits longs à l’heure des circuits courts, la production laitière, l’économie du lait, les filières que l’on arrêtent ou que l’on développent, sans jugement.

Camille et Fantin n’ont pas cherché, par leurs projets, les prouesses et les innovations artistiques. Ils n’ont pas cherché à faire plus ou à faire mieux, pour s’imposer ou épater. Ils sont venus délicatement, artistiquement et humblement remettre sur le devant de la scène des choses simples, qui se sont perdues au fil du temps, mais qui font l’identité de notre territoire. Des choses simples, faites d’éléments, d’aliments et de matières simples, qui parlent à tous et ravivent les mémoires.

Camille et Fantin se sont retrouvés en fin de projet, en novembre, pour la restitution commune de leur projet intitulé « Commensalité, bois toi qui as soif ». Après avoir présenté leurs démarches, leurs travaux et évoqués des rencontres extraordinaires faites avec les habitants qui ont leurs ont partagés leurs pratiques, leurs histoires, leurs passions, leurs métiers, leurs désirs aussi, lors d’ateliers ou de sorties, Camille et Fantin clôturent leur résidence par un banquet. Le menu est composé de produits locaux, cultivés, transformés et préparés sur place avec et par les habitants de Thèreval. Le lait et le beurre sont à l’honneur et les mets sont servis en partie dans les poteries villageoises réalisées pour l’occasion par les habitants. Ce moment de dégustation partagée rassemble autour d’une même table les divers acteurs du projet et offre l’occasion de discuter avec son voisin. On parle de contenants mais aussi de contenus, des poteries, de la terre, celle de Thèreval, de la Chapelle, d’Amigny ou d’un peu plus loin, on parle aussi de la terre nourricière et des ressources qu’elle nous offre.

Le projet culturel a produit au fil des semaines des rencontres entre les artistes et les habitants, entre des habitants et d’autres habitants issus de milieux différents mais partageant l’envie de faire, de vivre et de faire revivre des choses simples, ensemble. La résidence de Camille et Fantin a offert de belles opportunités et permis, comme les années précédentes, de fédérer de nouvelles personnes autour de sensibilités et de valeurs partagées.

Ce projet est  soutenu par la DRAC Normandie, Conseil Département de la Manche, Saint-Lô Agglo, la mairie de Thèreval et le groupe Terreal.


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